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Taxer le kérosène et financer le rail

Supprimer l'exonération fiscale dont bénéficie le kérosène aérien — le seul carburant fossile exempt de taxe en France — et réinvestir les recettes dans le réseau ferroviaire, notamment SNCF Réseau et la maintenance des voies.

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Corriger une anomalie fiscale massive

Le kérosène aérien est taxé à 0 €/litre en France, alors que le diesel pour les voitures est taxé à environ 0,59 €/litre (TICPE) et que l'électricité ferroviaire supporte diverses taxes. Une étude de la Commission européenne (2019) estime que l'exonération du kérosène représente une subvention d'environ 27 à 32 milliards d'euros par an à l'échelle de l'UE. La Cour des comptes a souligné cette incohérence à plusieurs reprises.

Étude DG TAXUD de la Commission européenne (2019)Rapports de la Cour des comptes sur la fiscalité des transports
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Écart climatique : aviation vs rail

Par passager-km, l'aviation émet environ 145-285 g de CO₂, tandis que le TGV n'émet qu'environ 3-6 g de CO₂/pkm en France (grâce à l'électricité largement décarbonée). L'impact climatique total de l'aviation (traînées de condensation, NOx, effets en altitude) est estimé à 2 à 4 fois l'impact du seul CO₂. La France a déjà interdit les vols courts où une alternative ferroviaire de moins de 2h30 existe.

Base carbone ADEMELee et al., Atmospheric Environment (2021)
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Le rail a désespérément besoin de financement

SNCF Réseau a un retard de maintenance et de renouvellement estimé à 35-40 milliards d'euros pour le réseau conventionnel. Le rapport du Conseil d'Orientation des Infrastructures (2023) recommande 4,7 milliards €/an d'investissement ferroviaire, bien au-dessus des 2,8-3 milliards actuels. Une taxe sur le kérosène à 0,33 €/litre pourrait générer environ 1,2 à 1,5 milliard d'euros par an.

Rapport Spinetta (2018)Rapport COI (2023)
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Des précédents internationaux fonctionnels

La Suède a introduit une taxe aérienne en 2018 (6-40 € par passager), contribuant à une baisse de 3-5 % des passagers intérieurs. L'Allemagne perçoit une Luftverkehrsteuer depuis 2011 (12,48-70,83 € par passager), rapportant environ 1,2 milliard € en 2023. Les Pays-Bas ont relevé leur taxe à 28,58 € en 2023, pour environ 440 millions €/an de recettes.

Agence suédoise des transportsMinistère fédéral des Finances allemand
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Un large soutien de l'opinion publique

72 % des Français interrogés par la BEI (2019) soutiennent des taxes plus élevées sur les activités les plus polluantes, y compris l'aviation. La Convention Citoyenne pour le Climat (2020) a recommandé une éco-taxe sur le kérosène parmi ses 149 propositions.

Enquête climatique de la BEI (2019)Convention Citoyenne pour le Climat (2020)

Nuance & verdict

La taxation du kérosène repose sur une anomalie fiscale bien documentée — le kérosène est le dernier grand carburant fossile exonéré de droits d'accise en France et dans l'UE — et sur le besoin urgent de financer le rail et de réduire les émissions des transports. L'écart environnemental (environ 50 fois plus de CO₂ par passager-km pour l'avion que pour le TGV) est frappant. Cependant, la mise en œuvre se heurte à des contraintes réelles : des cadres juridiques internationaux construits sur 80 ans, des préoccupations légitimes de compétitivité pour des compagnies opérant avec des marges étroites, une substituabilité limitée du rail pour la majorité des routes aériennes, et des impacts disproportionnés sur les outre-mer et les voyageurs sensibles au prix. La voie la plus crédible passe probablement par une coordination au niveau européen (comme tenté dans « Fit for 55 ») plutôt qu'une action unilatérale française, combinée à des mécanismes de fléchage garantissant que les recettes atteignent effectivement le réseau ferroviaire plutôt que le budget général.